L’idée qu’il est possible d’apprendre en dormant, ou hypnopédie, a fait son chemin. De nombreuses publicités vous assurent qu’il suffit d’écouter une conférence enregistrée pendant votre sommeil pour acquérir un éventail de connaissances. Mais est-ce vrai ? Que dit la science à ce sujet ?

L’aspect le plus intéressant de cette théorie est la réduction de l’effort en proportion des résultats attendus. L’idée est d’apprendre sans faire d’effort. Et, en théorie, cet apprentissage est de grande qualité : le résultat est d’apprendre quelque chose de nouveau sans s’en rendre compte, et de surcroît sans lacunes ni erreurs. Tout cela est perçu comme la panacée pour ceux qui ne sont pas très enclins à étudier. On s’endort ignorant et on se réveille instruit.

Cette idée attire certainement l’attention d’un point de vue publicitaire. Pourtant, dans la pratique, les choses peuvent être très différentes. Les annonceurs ont dû partir d’une base scientifique, mais à un moment donné, ils ont dépassé toute limite réelle.

Apprendre en dormant

Tout d’abord, nous devons dire que l’apprentissage est un processus par lequel un changement de perspective ou de comportement se produit chez une personne, sur la base des expériences acquises. Ces expériences peuvent être de nature physique ou mentale. Le résultat est qu’après avoir acquis de nouvelles connaissances, la personne n’est plus la même.

D’autre part, l’apprentissage ne se limite pas à ce dont nous nous souvenons inconsciemment. La mémoire n’est qu’une partie de ce processus. Les nouvelles connaissances ne génèrent pas seulement des souvenirs, mais stimulent également un changement d’attitude et de vision de la réalité.

Or, le sommeil est caractérisé par deux phases : le sommeil paradoxal et le sommeil non-paradoxal. La première porte également le nom de mouvement oculaire rapide, ou REM. La science a découvert qu’il existe une relation entre cette phase du sommeil et la consolidation de la mémoire. Cependant, ce mécanisme n’est pas entièrement clair.

Malgré cela, il a été observé que la mémoire qui se consolide dans cette phase est à long terme, mais aussi que si la personne est privée de cette période de temps, non seulement l’amnésie entre en jeu, mais aussi un état de stress. Si une personne reçoit des stimuli externes pendant cette phase du sommeil, le résultat sera un repos de mauvaise qualité. Mais alors, est-il possible d’apprendre en dormant ?

Une expérience suggestive

Pour comprendre s’il est possible ou non d’apprendre en dormant, l’Institut Weizmann a mené une expérience sur l’apprentissage conditionné, qui a ensuite été publiée dans Nature Neuroscience.

On a fait écouter à des volontaires endormis une série de sons de différentes tonalités pendant qu’un parfum était diffusé. Cette procédure a été répétée plusieurs fois, sauf que dans la dernière phase, le stimulus olfactif a été éliminé.

Le jour suivant, certains des participants ont été exposés consciemment au stimulus sonore. Le résultat est que presque tous ont également perçu l’odeur de la nuit précédente, bien que cette dernière ne soit pas présente. Pour le dire en un mot, ils avaient « appris » à associer ces stimuli les uns aux autres pendant leur sommeil.

Cela permet de conclure qu’il est effectivement possible de stimuler un certain type d’apprentissage pendant le sommeil, bien que cela ait des limites très précises. La première est qu’elle génère un apprentissage entièrement mécanique, sans remaniement rationnel. Aucun des participants à l’expérience ne se souvient de ce qui s’est passé la nuit précédente. De même, au fil du temps, ils ont cessé d’associer le son et l’odeur. Par conséquent, il s’agissait d’un apprentissage élémentaire et éphémère.

Résultats incomplets

Ce qui a surpris les scientifiques de l’Institut Weizmann, c’est que l’apprentissage, aussi limité soit-il, avait été acquis dans des phases autres que le REM. À première vue, le cerveau pourrait sembler plus réceptif aux stimuli externes pendant la phase REM, mais l’expérience a prouvé le contraire.

Ce qui est certain, c’est que nous savons très peu de choses sur le sommeil, dont nous ignorons de nombreux aspects. En revanche, nous savons avec certitude qu’il s’agit d’un mécanisme physiologique indispensable à l’être humain. Pendant le sommeil, le cerveau effectue une sorte d’épuration, éliminant les données qui ne sont pas utiles et consolidant celles qui sont pertinentes. En même temps, lorsque le cerveau ne se repose pas correctement, cela a des conséquences négatives sur la santé.

À ce jour, il n’existe aucune preuve concluante de la possibilité d’apprendre pendant le sommeil, du moins pour les sujets nécessitant un raisonnement. Il n’existe pas non plus de certitude quant à la durée et au succès réel d’autres formes d’apprentissage dérivées du sommeil. Par conséquent, du moins pour l’instant, nous allons probablement continuer à apprendre de manière traditionnelle.